A quelle heure et comment tu te lèves ? At what time and how do you get up in the morning?
En fait, comme j’ai eu la chance de beaucoup voyager, l’heure et la façon dont je me réveille change de temps en temps, tous les trois ans. Alors, en ce moment, comme je suis en France, je me réveille vers 6h30, je me lève vers 6h45 avec un réveil et l’aide de mon époux. Il tend sa main et son bras chaud vers moi et voila comment je me lève le matin ! Mais, j’estime que c’est un peu tard parce qu’il y a des pays où si vous arrivez dans la rue à 8h, les gens ont pratiquement déjà eu une vie ! A 5h du matin, ils ont déjà fait leur footing, les femmes ont déjà préparé à manger, les moines ont déjà collecté leur repas de la journée... Si vous êtes dehors à 8h, il y a déjà une bonne partie de la journée qui est déjà finie et ça bouge et ça grouille…Donc, dans ces pays-là, si on ne veut pas avoir l’impression de prendre le train en marche, il faut se lever tôt ! Sinon, dans mon pays, aux Seychelles, comme il fait nuit tôt, si on est comme moi, boulimique, et que l’on veut profiter de la journée : à 6h, on est debout, à 6h on est dehors parce qu’après, quasiment toute l’année, le soleil se couche entre 6h et 6h10 et qu’il fait nuit. Donc Ici, je me lève et je prépare le petit déjeuner pour mes hommes...Donc, quand ils arrivent dans la cuisine, tout est sur la table et ils déjeunent. Après, mes hommes partent de la maison pour aller respectivement au travail et à l’école, et moi, je rebois un café, je me plonge dans mon livre, parce que j’ai toujours un livre en cours, je lis beaucoup.. J’ai toujours aussi un puzzle en cours. Donc, je m’acharne un peu sur mon puzzle et quand il m’énerve, je le laisse, et je fais autre chose. C’est une activité qui peut être très reposante : on s’y met mais quand ça commence à t’énerver, il faut quitter et tu reviens après, ça va mieux. C’est une bonne école !
Pourquoi tu te lèves ? Why do you get up ?
Je veux faire plaisir à mes hommes, je me lève déjà pour eux, pour la famille parce qu’ il faut y aller ! Je leur ai fait plaisir. Ensuite, je me lève parce que j’adore la vie, parce que je trouve qu’il ne faut rien rater. J’avais une prof, c’était une nonne irlandaise qui disait toujours « Quand on se lève, il faut toujours se dire : Today is the first day of the rest of your life ». Ca, c’est fabuleux ! Je trouve que de se dire que pendant l’année on ne s’est pas pris de météorites, il n’y a pas eu de bombes, on a pas eu de crises cardiaques, il ne s’est rien passé et on se lève le matin, on est encore en vie, on a une autre journée devant soi, pleine de promesses… je trouve que c’est super ! Je trouve qu’il faut se lever parce qu’il y a tant de livres à lire, les librairies débordent de bouquins, il y a toujours un film à voir, un lieu à visiter, des choses à comprendre ou à ne pas comprendre. Il faut y aller !!!
Quelle est ta carotte dans la vie ? What is your « carrot » in life?
Pour le moment, ce serait que mon fils, enfin notre fils, fasse des études et qu’il s’en sorte et qu’il soit heureux. Tout le monde dit en ce moment que ce ne sera pas facile.. Et bien On va faire tout notre possible pour qu’il y arrive dans de bonnes conditions ! Ca, c’est le principal. Sinon, après, c’est profiter au maximum de la vie et profiter de son état de bonheur, que tout le monde n’a pas, parce que pour des gens, la vie au quotidien, ce n’est pas que du plaisir… Ce n’est pas seulement des problèmes économiques, mais il y a des gens qui sont très riches et qui ont tout matériellement mais qui n’ont pas l’aptitude au bonheur. Peut-être parce qu’on ne le leur pas appris, ils n’ont pas été éduqués dans ce sens-là ou que quelque part ils ont perdu le fil, et qu’ils n’ont pas rencontré des personnes qui leur ont donné envie de reprendre ce fil et de vivre. Voila ! Moi, je pense que j’ai ce fil-là parce que j’ai un petit peu voyager et j’ai vu des pays où les gens, malgré le fait qu’ils n’aient pas grand-chose, un pays comme le Nigeria, chaque journée suffit sa peine et au jour le jour, on se bat pour trouver à manger, pour avoir de l’eau, pour avoir un tout petit peu d’électricité, pour apporter un peu de confort. Néanmoins, c’est un pays où quand on sort dehors, on a toujours un sourire, les gens ont toujours l’air heureux, vous parlent, sont contents de partager le peu qu’ils ont. Donc, je sais que ça fait très cliché de voyageur un peu Tiers-mondiste de dire ça. Mais non, c’est vrai. Des pays comme ça, c’est des leçons, et moi, à chaque fois que je sortais dans les rues au Nigeria, je prenais des leçons de vie. Ceci a fait que depuis le Nigeria, je m’interdis de me plaindre quand je n’ai pas quelque chose. Parfois, je le fais, je me reprends. Je me dis « Tu n’as pas de thé, tu bois du café. Tu n’as pas de pain, tu manges de gâteaux. ». Voila !
Qu’est ce qui te maintient debout ? What keeps you standing ?
Mes hommes. La vie. Toutes les surprises qu’il y a encore qui sont devant nous. Je trouve que l’avenir, c’est quelque chose de formidable, même demain, ce sera une autre journée, elle aura ses surprises, peut-être ses déceptions, mais je trouve que ne pas savoir, c’est bien. Qui sait ce que je vais rencontrer demain ? Qu’est-ce que je vais découvrir ? C’est ça La beauté du monde. Il y a quelque chose qui est quand même mystérieux. Parfois je regarde les gens et je me dis « Qu’est-ce qui fait que le matin on se lève ? Et que l’on y va, et que l’on avance et que l’on fait ce que l’on a à faire ? ». Alors, je ne sais pas, je me dis que c’est peut-être l’éducation, mais il y a peut-être une part de génétique parce que l’on pourrait se contenter de rester comme une vache dans un champ et de ne pas bouger ! Là, on se lève, on marche, on y va. C’est fabuleux que l’humain soit comme ça. Nous, qui oeuvrons tous les jours, qui vivons, qui se levons, on y va, on fait les choses : c’est que l’on a pas décroché ! C’est fabuleux comment on est programmé pour ne pas décrocher parce qu’apparemment, il y une majorité qui ne décroche pas. C’est fabuleux, il y a un moteur quelque part. Pour moi, c’est un mystère. J’ai vu que cette force est un peu partout, sous des formes différentes, et on se dit partout « Pourquoi les gens se lèvent ? ». Même dans des pays ou dans des contextes où les gens pourraient se laisser aller à la paresse, ils se lèvent quand même, ils balayent devant chez eux, ils reconstruisent des maisons, ils réparent, ils vont chasser, ils vont pêcher alors que l’on pourrait peut-être passer une journée sans pêcher et voir ce que ça fait ! Voila !
Qu’est ce qui te laisse les jambes coupées ? What really get’s to you, what brings you down?
Déjà, au jour le jour, c’est le « Bonjour » que l’on ne dit pas. J’ai beaucoup de mal à accepter ça et, bon, ça arrive de plus en plus souvent, vous rentrez quelque part, vous dites un grand « Bonjour ! » avec un sourire et personne ne répond,…Puis pour le reste, j’ai souvent un sentiment d’impuissance parce que l’on constate beaucoup de choses, on voit beaucoup de choses dans le monde et on ne peut rien faire. Cette impuissance peut-être culpabilisante parce que je me dis que l’on ne fait pas assez. J’admire les gens qui en font le moteur de leur vie, qui se lance dans l’humanitaire ou dans des projets pour aider les plus démunis parce que je trouve qu’il faut avoir le courage de tout laisser tomber et de ne faire que ça. Donc, j’ai une culpabilité par rapport à cette impuissance parce que je me dis que parfois je le ressens mais que honnêtement, je ne fais pas grand-chose.
Si j'étais une fée : Un souhait ? If I was a fairy : A wish ?
Que quand je fêterais mes 50 ans, j’aurais encore la capacité physique d’aller au Kilimandjaro parce que c’est ma prochaine montagne. J’en ai gravi quelques unes, et mon prochain record d’ascension, ce sera le Kilimandjaro !