A quelle heure et comment tu te lèves ? At what time and how do you get up in the morning?
Je me lève d'abord toujours trop tôt, c'est à dire que je pense qu'il est toujours trop tôt ! Qu'il soit 8h, 9h ou comme ce matin 11h, il est toujours trop tôt ! C'est trop tôt par rapport à l'idée que je me fais de ce que peut être le repos, ou par rapport à l'idée que je me fais de ce que peut être ou de ce que doit être la journée. Je me lève entre 6h et 7h15 chaque matin - Se lever dans le noir de l'hiver c'est ce que je trouve de plus abominable ! - Se lever à 7h, c'est forcément une contrainte et pas un désir. Cela ne fait pas partie des meilleurs moments de la journée. Le lever n'est pas le moment que je préfère, loin de là ! Comment ? C'est mon téléphone portable qui me réveille ensuite, avant même d'allumer la lumière, j'allume mes deux téléphones portables. J'embrasse la personne qui dort à côté de moi, et je me sauve allumer la télévision pour me shooter au premier flash info de la matinée. Après c'est l'éternel rituel : lavage, habillage, coiffage et autres parfumeries, jusqu'à la salle de sport, si j'ai le courage d'y aller le matin. C'est à peu près le seul moment de la journée où je peux aller au sport ! Après le sport, Je prends mon petit dèj au bureau vers 9h15 au plus tard. Donc petit dèj, presse, mails… les trucs habituels de 200 000 personnes qui travaillent !
Pourquoi tu te lèves ? Why do you get up ?
Parce que se lever veut dire vivre, c'est une des raisons fondamentales. Le jour où je ne me lèverai pas pour une quelconque raison que ce soit, je serais déjà un peu mort. Donc c'est un côté extrêmement rassurant pour soi. Si je me lève, je suis en bonne santé, si je suis en bonne santé, j'ai des choses à faire, des gens à voir, et des choses à vivre. Je pense que c'est fondamentalement et symboliquement très fort. Se lever est une action de vie. Je pense que c'est forcément la première des raisons. La deuxième, c'est que je me lève comme tout le monde ! C'est une sorte de mimétisme absolu. On se lève parce que l'on n'a pas d'autre modèle. Le modèle que l'on nous enseigne depuis qu'on est tout petit, c'est celui de se lever !
Quelle est ta carotte dans la vie ? What is your « carrot » in life?
C'est certainement la gourmandise du moment d"après. J'ai toujours hâte de savoir ce que la journée réserve, ce que la semaine réserve, ce que la vie réserve. Donc je suis toujours plus, et beaucoup trop d'ailleurs, sur le lendemain que sur le moment présent. C'est un peu la soif de savoir ce qu'il y a derrière la porte qu'il faut ouvrir, ou derrière le rideau qu'il faut écarter dans la pièce suivante… C'est donc toujours une espèce de course contre la montre. C'est un peu ce qui me fait me lever, me dire que je n'ai pas encore tout vu, tout lu, tout vécu, que je n'ai pas encore tout mangé ! C'est un appétit de la suite sans savoir ce qu'est la suite ! C'est complètement irrationnel.
Qu’est ce qui te maintient debout ? What keeps you standing ?
Le sentiment d'impuissance, on le rencontre tous à certains moments de notre vie. On a deux solutions : ou on continue à taper pour essayer de faire lever ce sentiment, ou on renonce. Je suis plutôt dans la première catégorie, avec parfois, des situations un peu ubuesques de s'obstiner plutôt que de renoncer, mais c'est mon tempérament d'aller jusqu'au bout du truc. Tant qu'une situation n'est pas complètement terminée, close, sans aucun espoir, je vais gratter jusqu'à la dernière limite. Donc, ce qui pourrait m'empêcher d'avoir envie de continuer, c'est certainement l'idée que je me fais de la liberté, de la mienne, de celle des autres etc. et d'en être privé. On ne peut pas tout réussir, on ne peut pas tout gagner, convaincre tout le monde… On ne peut pas être aimé de tous, on ne pas aimer tout le monde, mais on peut parfois se donner les moyens de le faire. Quand une situation est bloquée et qu'on a les mains liées, avec une absence totale de liberté d'entreprendre, de liberté de penser, ce sont les situations les plus douloureuses. Ce sont pour moi les situations dans lesquelles nous n'avons pas de choix. Il y a plein de situations dans la vie qui sont compliquées, mais ce qui est important ce n'est pas de pouvoir ou de ne pas pouvoir, mais d'essayer de se donner des possibilités de choix. Les situations de non choix sont, pour moi, les plus douloureuses.
Qu’est ce qui te laisse les jambes coupées ? What really get’s to you, what brings you down?
C'est quelque chose qui est lié au devoir. Je crois que c'est vraiment lié à mon éducation, à mon parcours ou à ma vie. Ce qui me donne la force c'est de continuer quelque chose ou de l'entreprendre, ou de le commencer. C'est une espèce de sentiment de devoir fort, de le faire pour moi, de le faire pour quelqu'un d'autre. C'est une notion de devoir qui est très forte chez moi, et qui est un peu culpabilisatrice. Si je continue c'est parce que j'en ai le devoir : Devoir de ne pas décevoir, devoir d'être à la hauteur, de terminer ce que j'ai commencé… Et en plus, des devoirs que je m'impose à moi-même qui ne sont pas toujours de réels devoirs !
Si j'étais une fée : Un souhait ? If I was a fairy : A wish ?
Autant que ce soit pour moi finalement, parce qu'on part toujours dans des trucs complètement généreux : plus de guerre, plus de pauvreté… Donc autant que ce soit pour moi ! Ce serait de me permettre d'être davantage serein dans toutes les situations de la vie. C'est un truc qui vient en vieillissant peut être, mais je crois que cela doit être bien d'être un peu zen, peu importe le mot finalement, mais ce serait de regarder les choses avec plus de détachement. Plutôt que de les prendre toujours à bras le corps, parfois de façon un peu violente… Avoir un peu de sérénité dans les rapports humains, dans les rapports professionnels, vis à vis de moi-même etc.. Etre moins dans des choses extrêmes doit être pas mal !








