A quelle heure et comment tu te lèves ? At what time and how do you get up in the morning?
Je ne me lève jamais aux mêmes heures parce qu’un compositeur de musique de film, c'est un type qui va passer des moments à travailler intensément, et qui va avoir des moments de sommeil qui s'apparentent aux skippers des courses de bateaux à voiles, c'est à dire qu'on dort un quart d'heure. Quand on dit on dort un quart d'heure, c'est comme ça, clac ! (Claquement de doigt) et on se réveille, au bout d'un quart d'heure. C'est marrant ça marche! Je peux le prouver ! C'est la spécificité : Je ne me réveille jamais aux mêmes heures ! La façon de me réveiller est très variable. Je peux me réveiller très speedé parce que j'ai beaucoup de choses à faire quand je suis dans le syndrome skipper et quand je ne le suis pas, je me réveille comme tout le monde je crois… En général, je me gratte les pieds ! C'est un rituel ! Si je suis seul je me lève assez rapidement, si je ne suis pas seul, cela peut aller moins vite...(Rires)
Pourquoi tu te lèves ? Why do you get up ?
Ça c'est une question qui se digère... Je me lève pour la vie en général. Je crois qu'au fond de moi-même, sans y penser tous les jours, parce que cela deviendrait grave si je devais y penser tous les jours… je me lève avec une espèce de conscience que le monde avance, que les hommes meurent, qui en font naître d'autres qui vont mourir etc., une espèce de machine humaine, de machine de la vie qui n'est pas une chose implacable, ce n'est pas négatif, c'est une chose positive ! Je me lève déjà pour ça, et je me lève pour tout ce qui participe de ça, de toute cette avance : les enfants que j'ai, la femme que j'ai. Je me lève aussi pour la musique, écrire de la musique, composer de la musique, l'inventer, c'est un plaisir et cela vaut toutes les fatigues du monde ! On a forcément envie de se lever quand on a de la musique à écrire !
Quelle est ta carotte dans la vie ? What is your « carrot » in life?
La carotte c'est évidemment aussi une carotte matérielle : il faut faire les choses, il faut gagner de l'argent, il faut faire partie de la machine. Mais la carotte principale pour moi c'est la création. Un compositeur de musique de film n'écrit pas de la musique tous les jours. On est des êtres un peu hybrides qui retournons notre veste assez souvent, et qui devenons personnages dans la jet-set pour être avec les réalisateurs ou dans les sorties de films. Nous sommes aussi des businessmen, il faut négocier avec les producteurs. Tout ça fait que si on y passe un peu trop de temps, on n'a plus le plaisir de faire de la musique. Ce plaisir devient lointain donc il s’évanouit.. et on a du mal. Il faut faire très attention à cela. Une autre carotte, serait de faire très attention à cela, et de toujours garder une place pour la musique, le temps de l'écrire, de la faire... On n'est pas immuable dans la création, on se bonifie. La création ce n'est pas des études et puis après on fait. Plus on fait, plus on cherche. Ce n'est pas plus on cherche, plus on trouve, mais le fait de chercher nous resitue dans d'autres états qui font naître quelques trouvailles qui font naître d'autres recherches etc. C'est une quête qui dure toute une vie et peut-être après, je ne sais pas !
Qu’est ce qui te maintient debout ? What keeps you standing ?
C'est cette quête incessante. Je suis très curieux de nature. Incorrigiblement ! Maladroitement aussi parce que c'est dangereux d'être curieux ! C'est dangereux parce qu'on s'intéresse a beaucoup de choses, maladivement, donc on se concentre moins sur les choses qui sont importantes, celles qui comptent. Mais ça ne fait rien ! Je me pardonne moi-même assez facilement ! Je pense que cela alimente aussi le reste. Plus on découvre de choses, plus on s'emplit d'expériences.
Qu’est ce qui te laisse les jambes coupées ? What really get’s to you, what brings you down?
La mort des autres bien sûr ! La maladie sans doute, parce que cela ne m'est jamais arrivé de façon foudroyante, et j'imagine que la maladie est un drame absolu pour quelqu'un qui est curieux, qui a envie de faire un tas de choses, et qui se retrouve tout à coup limité. Je n'aimerais pas vivre ça du tout ! L'impuissance d'être arrêté par quelque chose cela arrive tout le temps. Cela arrive sur des choses matérielles, comme sur la création. Ne pas arriver à écrire de la musique, il y a des tas de jours où ce n'est effectivement pas possible mais cette impuissance elle n'a que l'importance qu'on veut bien lui donner. C'est sa propre impuissance à faire les choses, demain est un autre jour !
Si j'étais une fée : Un souhait ? If I was a fairy : A wish ?
Je ne sais pas... L'argent ne m'intéresse pas tellement finalement. Je hais de ne pas en avoir, mais je crois que je n'aimerais pas en avoir beaucoup alors ce n'est pas l'argent. Je pense que si j'avais un souhait, je crois que ce serait plus pour quelqu'un d'autre que pour moi, peut-être pour la communauté, pour la planète, pour l'humanité. Ce serait sans doute une égalité des chances pour chacun, quelque chose comme ça.

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