A quelle heure et comment tu te lèves ? At what time and how do you get up in the morning?
C'est variable puisque je n'ai pas tellement d'horaires… mais depuis quelques années je me réveille assez tôt, genre vers 7h du matin et puis je me lève en général dans la foulée. Je me réveille spontanément, parfois quand j'ai un avion à prendre je mets une alarme ou je demande à la réception de l'hôtel de me réveiller, mais en général je suis déjà réveillé. J’ai 2 rituels : celui à la maison et celui de l'hôtel. A l'hôtel, c'est d'allumer la télévision et de commencer à zapper. Après je vais me laver et puis je descends pour prendre le petit dejeuner dans les salles de réception de l'hôtel. A la maison, je descends chercher les journaux, je remonte et je prends mon petit déjeuner en lisant les journaux. Tous les journaux: l'Equipe pour mon travail, et Libération. Ce sont les deux journaux de base et puis après je peux prendre Le Monde, Le Figaro et puis Le Parisien. La radio ? Je consomme la radio dans ma voiture lorsque je vais golfer… mais j'écoute exclusivement les radios musicales.
Pourquoi tu te lèves ? Why do you get up ?
Je me lève parce que je m'éveille à moi-même. La plupart du temps je ne me pose pas cette question, mais lorsque je me la pose - ou me la suis posée quand j'étais plus jeune - j'ai conclu que j'avais besoin de mouvement. J'ai essayé de rester allongé et de regarder le plafond de ma chambre quand j'avais 18 ans, mais c'était insuffisant, il y avait un besoin de mouvement, celui où on se lève, où on sort dehors, et tout à coup, tout s'enchaîne ! On rencontre des gens, on rencontre des choses, et finalement il y a tout un mouvement qui se crée, des actions, des rencontres, on agit, on réagit et puis le soir arrive et l'on s'endort et ainsi de suite ! Après, avec l'âge on est de plus en plus mobilisé par toutes ces relations qui se créent presque automatiquement. A un moment j'ai lâché prise par rapport à cela, c'est à dire je me laisse entraîner dans le réseau des rencontres et des actions et cela fait une sorte de boule de neige où j'ai de plus en plus d'activités. A 18 ans on est dans le tissu, dans la toile d'araignée qui est celle des parents, et tout à coup on peut prendre conscience qu'elle n'a pas de sens pour soi. Cela doit être là que commence à naître une forme d'autonomie… Et puis tout à coup secouer tout ça, se dire qu'après tout, être dans telle ville, faire telles études, être dans telle type d'activité, ce sont des choses très contraignantes, et il peut y avoir un sentiment de non liberté par rapport à cela…. Petit à petit il faut créer sa propre existence, mais il y a toujours ce moment de décision. Pourquoi on se lève plutôt que de rester allongé à regarder le plafond ? Pourquoi lorsqu'on a des difficultés, par exemple, j'ai observé dans des hôpitaux psychiatriques, il y a ceux qui s'y installent, qui y restent... Et puis, ceux qui y arrivent juste le temps de se re-stabiliser, et qui repartent aussitôt en mouvement… C'est lié aux prises de décisions individuelles. Est-ce qu'on est capable d'en prendre, d'être ouvert au monde, et que cela suscite des réactions en soi, c'est toute cette question-là.
Quelle est ta carotte dans la vie ? What is your « carrot » in life?
Je n'ai pas vraiment de carotte qui me fasse avancer. Je dirais que justement le matin, si on reprend ça comme une métaphore, un jour je me suis levé, ce n'était pas lié à une carotte. C'était simplement lié au fait d'être en vie, d'être en mouvement et puis de bouger. Après, je cherche, quand je suis dans les relations et dans les situations de travail, à prendre un intérêt à ce que je fais. Je peux être très vite pris par l'ennui, la routine, la répétition, donc j'essaie de trouver un renouvellement, une autre manière de voir… De m'imposer un renouvellement dans ce que je fais pour trouver un intérêt, sinon si cela ne m'intéresse pas, et je change ! Le changement aussi est important. Il est important de pouvoir suivre les changements qui sont proposés dès que l'on se lève le matin. Sinon, si l'on considère que tous les matins sont les mêmes, c'est l'horreur !!!
Qu’est ce qui te maintient debout ? What keeps you standing ?
L'existence est ainsi. On se tient hors de soi-même jusqu'à ce que ça s'arrête. C'est un profond mystère. Il est intéressant de regarder ce mystère et de ne pas être justement dans l'automatisme, prisonnier… d'avoir une tenue hors de soi-même qui permet d'être en relation avec ce mystère qui est d'être là.
Qu’est ce qui te laisse les jambes coupées ? What really get’s to you, what brings you down?
Les moments d'impuissance sont de deux ordres. Il y a l'impuissance face à un projet. On voudrait que telle chose se passe d'une certaine manière, et finalement ce qui se passe est différent de ce que l'on avait imaginé… A ce moment-là, on est comme un petit enfant qui a voulu quelque chose et le monde répond autrement. Cela correspond à une forme d'impuissance première, et après cela renvoie à un deuxième plan d'impuissance : admettre que toute une part, et peut-être la part la plus profonde de soi n'est pas de l'ordre de notre volonté propre. Il y a deux manières de réagir face à cette impuissance. C'est soit l'accueil, soit la négation… la résistance bien souvent accentue l'épreuve de l'impuissance aussi… Quand on est dans l'accueil de ce qui se passe, tout à coup, cette dialectique entre puissance et impuissance n'est plus. Je la ressens essentiellement dans mon travail. Comme il y a une grosse part d'organisation et de part pré-établie, lorsque cela ne se déroule pas tel que prévu, lorsque les gens sous ma responsabilité n'exécutent pas les choses tel qu'on l'avait imaginé… Lorsque les supérieurs ne saisissent pas quels sont les éléments fondamentaux de notre pratique… ça me renvoie à une forme d'impuissance par rapport à cette idée de perfectionnisme… ou en tout cas de volonté de bien faire qu'on peut appliquer. Et je déteste ça !
Si j'étais une fée : Un souhait ? If I was a fairy : A wish ?
J'aimerais ne pas travailler. Etre affranchi du travail. J'ai trouvé des ressources pour accepter, j'ai choisi mon métier... un réalisateur de télévision avec toute son équipe est un peu comme un forain. On va de villes en villes, c'est une sorte de nomadisme même si on est quand même relié à des impératifs relativement forts dans l'industrie de la télévision. J'aime bien me promener donc je me verrais bien errer sans avoir la contrainte du travail. Errer sans but. Le travail est un but, donc, oui, pourvoir vivre sans but…

Réponses honnêtes et portrait fidèle.
Depuis ses 18 ans FCB a récidivé plusieurs fois dans la pratique du regard fixé sur le plafond.
Posted by: Philippe | September 26, 2006 at 03:11 PM