Je pense que mon esprit ne s'appelle pas que « Fabienne Chudasset », ma personne va bien au-delà d'une simple identité dans ce monde. C'est une certitude. J'exerce la profession de médecin mais je suis plus qu'une profession, je ne me réduis pas à ma profession. J'exerce depuis maintenant 15 ans à la maison médicale Jeanne Garnier qui est le plus grand centre de soins palliatifs d'Europe puisqu'on a 81 lits qui sont dédiés uniquement aux phases terminales de cancers ou de maladies neurologiques dégénératives évoluées, ou de SIDA. Par ailleurs, je peins des icônes ou plutôt je devrais dire, je les écris, depuis 6 ou 7 ans. Et je chante de la liturgie en slavon dans un coeur ukrainien, le coeur Boristhène, depuis un an et c'est un vrai bonheur de chanter !
A quelle heure et comment tu te lèves ? At what time and how do you get up in the morning?
C'est en fonction de mes obligations de la journée. Evidemment si je dois travailler à 9 heures, il faut que je me réveille vers 7h, 7h30, mais si je n'ai pas l'obligation de me réveiller, je peux beaucoup plus traîner au lit. Je me réveille spontanément, j'ai l'impression d'avoir un réveil à l'intérieur du corps parce que s'il faut que je me lève très tôt, je me dis qu'il faut que je me lève à 6h du matin, et c'est immédiat! Si je me dis que j'ai le temps et que 9h c'est bien, je dors et je me réveille à 9h. Sans réveil. En semaine, le petit rituel c'est de faire le café et j'apporte le plateau du petit déjeuner. Le week-end, c'est plutôt l'inverse, c'est mon mari qui me fait le petit déjeuner au lit !
Pourquoi tu te lèves ? Why do you get up ?
Je me lève, j'ai la joie de me retrouver les yeux ouverts et je sais qu'il va falloir que je serve, on peut l'appeler Dieu, le Grand Architecte, l'Esprit... en tout cas c'est le service. Que ce soit pour aller auprès des malades, pour peindre des icônes, pour chanter, c'est pour servir. Je sais que je suis là pour ça encore dans ce monde, et que si plusieurs fois je suis passée très près de la mort, de façon assez violente dès ma naissance, (Dès ma naissance cela a été difficile j’ai failli mourir étouffée, donc plusieurs fois c'est passé très près, et je me dis que ce n'était pas le moment …) c’est que j'avais encore à servir… donc je continue jusqu'au moment où cela sera enfin le grand passage ! Au fond de moi, je sais que j'attends cela, car pour moi, ce sera vraiment le grand moment de la vie ! Toute la vie pour moi est une préparation à ce qui va se passer ensuite au niveau de l'esprit, parce que je sais qu'il faut que je quitte mon corps, c'est évident… Il n'est fait que pour cet espace temps tri-dimensionel. Il y a quelque chose en moi qui sait qu’il est éternel et que je fais que passer… Que cette vie est faite comme une préparation, je suis à l'école, tout le temps. Je suis en train d'apprendre, apprendre à aimer, apprendre à être qui je suis, à connaître mes passions, à travailler dessus, à essayer de les convertir en vertu. Il y a tout un travail de l'âme qui est à effectuer en ce monde avant de passer et puis de réussir l'examen ! Non pas subir la mort mais « entrer dedans ». C'est ce que je souhaite. Très jeune je pensais l'inverse. Pendant longtemps j'ai pensé qu'il valait mieux mourir brutalement, ne pas voir venir la mort etc. et je pense que toute la société actuelle nous fait penser cela… mais en accompagnant depuis des années, j'ai vu des choses tellement fortes, tellement extraordinaires! J'ai vu des mourants qui ont été des maîtres pour moi, je les remercie profondément. Ils m'ont permis de comprendre qu'il ne faut pas fuir, il faut y aller, il faut attendre, laisser venir et entrer dedans. C'est ce que je souhaite pour une ultime réalisation, si j'ai une image à prendre c'est celle de la chenille qui doit laisser sa vieille coque, abandonner le cocon tout fripé… plus on avance dans le temps, plus les rides arrivent et le corps se flétrit, plus tout fiche le camp, mais il faut bien que tout cela arrive pour que le beau papillon puisse s'échapper du cocon !
Quelle est ta carotte dans la vie ? What is your « carrot » in life?
L'amour. Pour moi le monde procède de l'amour. Pour moi Dieu est amour, donc c'est l'amour. S'il n'y a pas d'amour, il n'y a rien, aucun intérêt !
Qu’est ce qui te maintient debout ? What keeps you standing ?
C'est d'oser dire ça et de savoir, qu'en tant que créature de Dieu, je suis aimée de lui, puisque je suis là. Il me permet ce chemin qui va vers lui. Donc c'est formidable!
Qu’est ce qui te laisse les jambes coupées ? What really get’s to you, what brings you down?
Le désespoir, c'est un mot que je chasse du vocabulaire, qui me rend triste, qui parfois m'irrite et suscite chez moi des révoltes etc…et après je me reprends et je me dis que si je me révolte encore c'est que je n'ai rien compris ! Par rapport au chemin intérieur, si je me révolte encore c'est que c'est encore quelque chose d'une certaine immaturité... Ce qui me coupe les jambes ça peut être des comportements des autres… mais on est tous à l'école, et quel que soit le temps, l'époque et le lieu, quand on regarde tous les siècles, on voit simplement que le décor change mais que l'homme est toujours le même, alors… Ce sont toujours les motivations qui me poussent, les mêmes passions intérieures, les Pères de l'église parlent des 7 passions principales en l'être humain, ce sont toujours les mêmes que l'on retrouve! Que ce soit l'orgueil, la vanité, la colère, la tristesse etc. Ces passions sont là depuis toujours dans l'être humain et on est tous appelés à faire un chemin, un travail sur nous-mêmes... Quand dans le monde il y a la violence, la mort qui est donnée par l'homme à un autre homme, les guerres etc., on accuse toujours Dieu, mais pour moi Dieu n'a rien à voir là-dedans. Dieu nous a laissé la liberté absolue, il nous laisse libre et c'est ça le drame de l'humain, c'est qu'il est libre! Et de cette liberté, il fait un gâchis formidable. Au lieu de travailler sur lui, il essaie de toujours modifier l'extérieur. C'est ça le drame, au lieu d'essayer de se corriger, de se modifier, il veut toujours changer l'extérieur, les autres et il ne commence même pas un bout de chemin sur lui-même, donc c'est voué à l'échec, inévitable !!! C'est toujours de trouver que l'autre en face est responsable de tout ce qui vous arrive… Or, on est responsable de nous-même, profondément… Nous sommes dans un incubateur fabuleux : de tout cela, sortent des êtres magnifiques. Je bénis le ciel de tous ces êtres qui ont apportés au monde: un Mozart, un Flaubert ou un Saint Augustin, un Renoir peu importe, dans tous les domaines, c'est fabuleux! L'être humain a des capacités à accomplir des choses prodigieuses: créer des avions etc. Je suis émerveillée des capacités de l'homme mais ce qui est dommage c'est l'envers et c'est triste parce que je pense que dans tout être humain, il y a une parcelle de divin et c’est cette parcelle qui doit éclore. C'est dommage quand elle n'éclot pas. Comme disait Saint Ex dans "Terre des hommes": "ce qui m'afflige ce sont les Mozart assassinés".
Si j'étais une fée : Un souhait ? If I was a fairy : A wish ?
Que tous les hommes voient, un jour, la lumière véritable, le Seigneur en ce monde.

Votre témoignage me touche vraiment…C’est rare t’entendre ce genre de paroles…Alors merci, vous m’avez fait beaucoup de bien, dans mon cœur, dans ma tête…
Posted by: Youcef | September 28, 2006 at 02:11 PM