A quelle heure et comment tu te lèves ? At what time and how do you get up in the morning?
Je me lève en général à 6h30. J'aime bien me lever, ça me plaît ! Je me lève sans état d'âme, facilement. C'est un moment que j'aime bien. Je me réveille spontanément, j'ai comme une horloge dans ma tête J'aime bien le matin parce que c'est un moment où je suis toute seule… Mon rituel du matin ? Alors je prends mon petit-déjeuner, en général je lis des revues pendant une demi-heure en prenant mon petit-déjeuner. Après je fais de la gym tous les jours, pendant pratiquement une demi-heure, ça m'aide à partir de bonne humeur et à être dans le mouvement... Comme je suis quelqu'un de plutôt actif, j'ai besoin de ça, c'est important… et après je prends ma douche, puis quand j'emmène mon fils à l'école, je pars à 7h30, et je commence mon cabinet à 8h30. Chaque jour est différent en fait… et comme j’ai mon fils en garde alternée trois jours par semaine, mon emploi du temps est un petit peu calculé... Et puis certains matins je vais à l'hôpital, d’autres je vais au pénitencier, et d’autres je vais à mon cabinet, donc chaque matin est différent et rythmé de manière différente…. J'ai une activité libérale et une activité hospitalière, mais c'est quelque chose de récent dans ma vie, j'assume ces fonctions depuis bientôt 3 ans et c'est un choix. Je ne voulais pas rester dans le libéral parce que je trouve que c'est un petit peu trop clos comme univers…. Donc quand on m'a proposé ce poste hospitalier, je me suis dit pourquoi pas ! En fait dans ma fonction hospitalière il y a deux activités : Il y a une activité à l'hôpital et il y a une activité au sein du pénitencier de Saint Martin. Moi j'ai trouvé ça intéressant parce que soigner des prisonniers et rentrer dans l'univers de la prison, c’est une vraie expérience…. Parce que les gens qu'on voit en prison, les gens qu'on soigne à l'hôpital, ce n’est pas du tout la même chose que les patients qu'on voit en cabinet… C'est par curiosité.
Pourquoi tu te lèves ? Why do you get up ?
Pourquoi je me lève? Alors je ne sais pas si c'est depuis ce qui m'est arrivé, un accident vasculaire que j'ai eu en décembre, mais la première chose qui me vient à l'esprit... c’est que, quand je me lève, je me dis que c'est un peu à chaque fois comme une manière de renaître, et de me sentir en vie… C'est vrai que le sommeil c'est un petit peu comme une petite mort, parce qu'on ne se rend pas compte qu'on existe, et le fait de se lever le matin c'est vraiment prendre conscience du fait qu'on existe, donc c'est pour ça... Enfin ça ne m'a jamais posé de problème ! C'est quelque chose auquel j'avais déjà réfléchi avant mais beaucoup plus depuis que j'ai fait mon AVC… et chaque jour c'est un peu une victoire ! C'est une vie nouvelle qui commence… donc c'est toujours positif ! J'ai transmis ça… mon fils est un petit peu comme ça aussi... Je trouve vraiment que c'est bon quand on se lève avec l'envie de se lever !
Quelle est ta carotte dans la vie ? What is your « carrot » in life?
En fait mon métier prend beaucoup beaucoup de place dans ma vie. En fait j'ai beaucoup réfléchi à ça, à la place que prend ma vie professionnelle… et ça prend une place énorme, parce que ça prend beaucoup de mon emploi du temps. En fait c'est un travail de 8h00 le matin à 20h00 le soir… Alors je me suis posée la question récemment, j'ai réfléchi, je pense que ça vient de mon éducation, ça vient de mon milieu. C'est le fait d'aller vers les autres et de soigner les autres. Comme le fait d'avoir accepté de travailler au pénitencier, et de travailler à l'hôpital, c'est quelque chose qui fait parti de moi : le fait de pouvoir donner. C'est un métier où on s'occupe des autres, où on a l'impression de donner quelque chose donc c'est gratifiant... Beaucoup de gens me pose la question de savoir si c'est difficile de soigner les prisonniers. Alors la première question que je me suis posée, c'était de savoir comment j'allais les voir. Si c’était en tant que prisonnier, en tant que détenu pour ce qu'il avait fait, si j'allais les voir en tant que patient, ou simplement en tant qu'être humain… et en fait je les vois exactement comme mes patients... soigner des détenus, d'autant qu’à la prison de Saint Martin ce sont des détenus qui ont des longues peines, entre 10 et 20 ans, ce sont des gens qui ont commit des meurtres… mais je ne suis pas là pour les juger, moi je suis là uniquement pour les soigner. Ce qui m'intéresse c'est de les soigner. C'est peut-être un petit peu prétentieux, mais c'est aussi de leur apporter quelque chose, parce qu’au travers des soins, je leur amène…Comment dire ? C’est comme leur redonner une conscience d'eux-mêmes parce qu'en fait, en prison, ils n'ont plus vraiment de notion de leurs propres valeurs. Ils y sont depuis 15 ans, donc ils sont complètement déconnectés de la réalité, alors moi, venant de l'extérieur et n’étant pas un surveillant - Je ne suis pas là pour les juger, je ne sais pas ce qu'ils ont fait la plupart du temps, et j'essaye même pas de savoir- je discute un petit peu avec eux, et puis je les considère comme des patients, je ne les considère pas comme des détenus, alors je me dis que je peux leur apporter, peut-être, autre chose et puis en plus, je les soigne. Enfin il n'y a pas que moi, il y a les infirmières, les médecins… Avec moi il y a deux médecins, il y en a un, d’ailleurs qui est prêtre en même temps. Les gens qui sont là, ce n'est pas une vocation mais... Même les surveillants, moi je suis étonnée d'ailleurs par les surveillants, parce qu'on les voit comme des matons, on a une certaine image d'eux, mais en fait, ils les respectent beaucoup. Même si on sait pour certains ce qu'ils ont fait, et même si on peut penser que ce sont des choses qu'on condamne, ça reste avant tout des êtres humains, donc ça donne un autre regard… Moi ça a changé beaucoup de choses dans ma vie… de soigner des détenus, et puis à l'hôpital de soigner des gens qui sont de milieux majoritairement défavorisés. ….à l'hôpital je vois des handicapés, je vois des patients aussi qui ne sont pas soignés dans des cabinets libéraux, c'est une ouverture sur d'autres patients, sur un autre type de relation. Parce que le libéral c'est un milieu assez sélectif…
Qu’est ce qui te maintient debout ? What keeps you standing ?
Qu'est-ce qui me maintient debout? L'envie de voir ce qui va se passer le lendemain, et puis l'envie de rester en vie surtout ! Ca c'est fondamental et puis mon fils évidemment… mais en même temps je ne vis pas pour mon fils. Si tu veux, j'ai confiance en lui, et ce que j'espère c'est pouvoir lui donner le même appétit de vivre que celui que j'ai, mais pour le moment je pense qu'il l'a. C'est un adolescent très serein, très zen qui réfléchit mais qui en même temps ne se pose pas beaucoup de questions. Il prend la vie au jour le jour, et moi je voudrais surtout qu'il soit heureux. C'est ce qui me maintient. C'est de lui transmettre ça, et en même temps de lui donner l'aptitude au bonheur…
Qu’est ce qui te laisse les jambes coupées ? What really get’s to you, what brings you down?
La bêtise, la bêtise des gens oui… Parfois, ça m'a complètement désarmée… Parce que, mon histoire personnelle, les choix que j'ai fait dans ma vie, le milieu d'où je viens, c'est un milieu « humaniste »… j'aime bien ce mot là, et quand tu es humaniste à priori tu fais confiance à l'humain, tu fais confiance à l'homme, et moi j'ai cru en beaucoup de choses, et dans ma vie ça m'est arrivée d'être déçue. Mais en même temps, sans être catho ou quoique ce soit, j'ai envie de croire que les gens peuvent être naturellement bons, et ce qui me déçoit le plus profondément, ce qui me coupe les jambes c'est la bêtise. Là franchement je suis désarmée, quand je suis face à des gens comme ça, je n'ai pas d'arguments ! Autrement… la souffrance, moi ça me donne plutôt envie de me battre ! Parce que soigner les dents ce n'est pas soigner les gens qui sont en souffrance mais ça participe à ça, c'est le choix que j'ai fait à un petit niveau.... Accepter de soigner des détenus, je me dis qu'en fait, c'est une volonté de prendre en charge un petit peu la souffrance, mais ça, ça ne me coupe pas les jambes ! Au contraire, c'est un challenge ! Mais la bêtise, c’est une autre histoire !
Si j'étais une fée : Un souhait ? If I was a fairy : A wish ?
De redonner le sourire à tout le monde ! Mais ça, ça vient aussi de mon métier parce que ce que je trouve de gratifiant, enfin c'est comme ça que je le vois, c’est que je me dis que j'ai la possibilité de redonner le sourire. Enfin là, je le vois parce que dans mon activité, en ce moment, il y a des gens qui ont un sourire dévasté, et je me dis que c'est énorme d'avoir ce pouvoir là : de pouvoir donner aux gens l'envie de sourire… alors si une fée pouvait redonner le sourire aux gens, parce que je pense que les gens sont tristes globalement, c'est le souhait que j'aurais !

whaooooouuuuu Liliane....... ça donne du frais dans nos chaudes journées ce que vous dites....... c'est top !
Posted by: corentin | June 14, 2006 at 11:17 AM
Belle interview et belle philosophie. Bravo Docteur pour votre humanité et vos propos 'souriants".
Cordialement
Posted by: Didier THOMAS | July 27, 2010 at 10:12 AM