A quelle heure et comment tu te lèves ? At what time and how do you get up in the morning?
Compte tenu de mes fonctions actuelles, je me lève vers 7h15, avec l’aide d’un réveil… Mon rituel du matin, c’est d’abord d’aller préparer le café ou le thé ; ensuite, ce que je fais tout de suite, c’est écouter la radio. J’étais un fidèle de France Inter et puis j’ai un peu changé. Je navigue entre France Culture, RTL et Europe 1, et quelquefois France Info. Voilà ! De toutes façons, des radios d’information, parce que j’ai besoin de savoir ce qui s’est passé la veille et pendant la nuit. C’est vrai qu’une des premières choses que j’aime, c’est ce que racontent les chroniqueurs que j’apprécie, les petites informations rigolotes du matin, et puis la perspective de la journée…
Pourquoi tu te lèves ? Why do you get up ?
Je me lève comme tout le monde parce qu’il faut se lever le matin pour aller travailler ! Mais si c’est une question plus philosophique, j’aimerais pouvoir dire que je me lève pour accomplir une « volonté supérieure ». Moi, je suis catholique pratiquant occasionnellement, extrêmement heureux d’aller à la messe quand j’en ai l’occasion ; ça me fait beaucoup de bien. J’ai la nostalgie du temps où je me levais pour aller à la messe, ce qui était le cas quand j’avais 20 ans, où je commençais ma journée en allant prier et communier, et mettre ma journée sous le regard de Dieu… et j’aimerais pouvoir dire qu’aujourd’hui, c’est aussi ce que je fais… De temps en temps, je me dis que ce serait bien d’avoir l’idée justement de se lever pour accomplir quelque chose, ou être à la disposition de quelqu’un, mais ce n’est pas tout à fait le cas ! Aujourd’hui, je dirais que ce qui me motive, c’est une forme de désir. Je me lève bien le matin si j’ai du désir. Le désir de vivre, le désir d’aimer, le désir de séduire - ce qui n’est pas forcément la même chose - le désir de bien faire mon travail… pour moi c’est vraiment très important, voire fondamental. J’aime faire mon travail, donc la première chose que je pense quand je me réveille, ce n’est malheureusement pas au Seigneur, c’est : « Quelle est ma journée, quel est mon menu, qu’est-ce qui va se passer … Bonne, mauvaise journée ; dure, pas dure… Qu’est-ce qui est élément de désir dans tout ça… ». Le désir de bien faire, le désir de me motiver pour réussir quelque chose… Est-ce que je vais réussir à tenir un bon conseil d’administration, donner une bonne interview, faire une belle rencontre, présider une réunion avec l’encadrement de la Cité… est-ce que je vais avoir la pêche pour le faire, est-ce que j’ai tout bien en tête… Est-ce que j’ai un dîner sympathique en fin de journée par exemple, est-ce que je vais retrouver la personne que j’aime… Tout ça, je le passe en revue assez vite ! Le ressort qui fait qu’on se lève et qu’on se met en mouvement, c’est vraiment une forme de désir. De désir de vivre ! Mais on pourrait discuter longtemps de ça... Avec la nostalgie de ne pas se situer dans une dimension spirituelle… J’aimerais aussi avoir plus de temps pour les autres… offrir de mon temps gratuitement… pour des causes humaines, sociales, humanitaires, même si la Cité fait beaucoup dans ce sens… Voilà ce qui me motive le matin !
Quelle est ta carotte dans la vie ? What is your « carrot » in life?
C’est la relation avec les autres… plus j’avance et plus je pense que c’est cela qui compte… plus on avance en âge, plus les choses se décantent. On a l’occasion de réfléchir aux choix que l’on a faits, au parcours que l’on a eu... si, en plus, on a des enfants, on se demande si le parcours que l’on a effectivement suivi est le bon… Quels conseils on peut leur donner ? Parce qu’eux sont au début de leur vie et que soi même on a déjà fait un bout de chemin, c’est intéressant de se demander s’il est possible de leur proposer des pistes. Chacun a en soi énormément de talents, plus ou moins développés, et ce qui est formidable, c’est de pouvoir exprimer un des talents que l’on a dans son métier… Et je me dis que j’ai eu beaucoup de chance de pouvoir utiliser les qualités que j’ai... Et ce que je dis à mes enfants, c’est qu’au fond, ce qu’il faut réussir à faire, c’est trouver un métier dans lequel on puisse épanouir les qualités que l’on a au service de la société, tout en ayant d’autres envies en soi. Moi par exemple, j’aurais adoré faire de la peinture, adoré être graphologue ou psychanalyste ou psychiatre, m’intéresser aux autres… Trifouiller, farfouiller à l’intérieur des individus, c’est une manière de les aider… il y a aussi quantité de métiers plus artistiques que j’aurais aimé exercer… Mais il se trouve que j’ai des qualités qui se sont développées avec le temps et des défauts que j’ai essayé d’améliorer qui font que je suis plutôt un bon organisateur… Je n’ai pas beaucoup d’imagination, mais je suis un bon organisateur… J’aime coordonner des choses, entraîner des équipes vers un but… J’aime réfléchir à des stratégies, proposer des conseils, essayer d’avancer… Etre à la Cité des sciences et de l’industrie, pour moi, c’est absolument fantastique ! Parce qu’il y a une vraie mission qui est de développer une forme de culture singulière… avec en plus un contact avec le public, un public auquel on essaie d’apporter des choses… Ce qui me passionne, c’est lorsque j’appelle le week-end les équipes sur le terrain, en demandant comment ça se passe, est-ce que tout va bien… et que l’on me dit : « les visiteurs ont l’air très heureux… ». Je trouve cette réponse extraordinaire !!! Donc ce qui me motive avec le temps, c’est plutôt ça … de me dire qu’il faut choisir les bons chemins, qu’il faut apprendre à gérer le temps qui passe, qu’il faut avancer dans la vie avec sérénité, et je pense que l’on avance avec sérénité si l’on est heureux affectivement… de pouvoir dire ce que l’on est, et pouvoir être soi même avec son environnement proche, c’est irremplaçable… Pour finir, sans être absolument absorbé par les questions spirituelles, il faudrait les avoir comme repère dans la vie, ça permet d’approcher cette sérénité dont je parlais tout à l’heure… J’ai cette chance de pouvoir aussi apprécier des toutes petites choses, et je crois que, dans la vie, c’est très précieux, comme le printemps qui arrive, une odeur délicate, une lumière qui fait que ce n’est plus comme avant, il y a beaucoup de signes de petites choses dans la vie qui sont des bonheurs. Pour bien vivre, il faudrait parsemer sa journée, sa semaine, sa vie, de petits moments de bonheur et de plaisir. Le plaisir a une très grande importance. Il faut souhaiter que les gens en trouvent le plus possible ! Le plaisir naît évidemment d’un désir, mais il en est de très simples, et je pense que les gens heureux sont ceux qui savent les goûter. C’est le désir de vivre le moteur dans la vie ! C’est avancer dans cette vie en faisant des choses qui vous passionnent qui vous mettent en contact avec les autres, qui sont au service des autres.
Qu’est ce qui te maintient debout ? What keeps you standing ?
C’est un peu tout ce que l’on a dit… C'est-à-dire cette envie de vivre. Je suis heureux de vivre, heureux de faire les choses que je fais, j’ai très envie d’en découvrir de nouvelles, tout en ayant une sorte de recul. J’ai réellement l’impression que la vie professionnelle, il faut aussi la relativiser. Personne n’est irremplaçable. Aujourd’hui, par exemple, je suis très heureux que l’on parle de la Cité des sciences comme d’un établissement qui a trouvé ses marques, comme le dit la presse, qui a trouvé sa personnalité propre, son public, sa place parmi les grandes institutions culturelles. Tout cela est vrai. C’est le fruit du travail de toute une équipe. Et si je sais la part que j’ai prise dans ces succès, je sais aussi que demain la Cité continuera sa route sans moi parce que je serai ailleurs. C’est la vie ! On regarde la vie qui passe et les générations qui nous ont précédés, celles qui vont nous succéder… On est une toute petite chose dans l’univers. J’ai cette conscience-là, très forte. En même temps, je suis absolument convaincu de ce que je fais. C’est cette double perspective que j’essaie de gérer : la relativité absolue des choses et cette envie de bien les faire, parce que je sais aussi que si je restais trop perdu dans l’immensité du questionnement et de l’univers, je ne ferai rien et ce n’est pas la solution ! On est sur cette terre à la place où l’on est dans l’univers, où l’on est avec la famille que l’on a reçue en héritage, avec les relations que l’on a tissées. Il faut vivre dans ce cadre-là, le mieux possible…. Né d’une mère allemande, d’un père parisien… Je me dis : « C’est ta vie. C’est ta famille... C’est ton existence, elle n’est qu’à toi !». Je suis unique. C’est aussi ma spiritualité qui me fait dire ça. Je sais que je suis unique, que je ne suis pas interchangeable avec d’autres... Il est parfois difficile de faire preuve de cette forme de sagesse car les nombreuses ouvertures que l’on peut avoir sur le monde sont déstabilisantes. On voudrait vivre beaucoup trop de vies ! Mais il faut être réaliste. On ne peut pas avoir été partout dans le monde, et on ne peut pas tout faire ! Les journées n’ont que 24 heures et il faut faire ses choix. Donc voilà : je me sens dans cette espèce de tension entre l’universel et le très, très particulier qui est mon particulier. J’essaie de vivre mon particulier en m’investissant dans ce que je fais, tout en le relativisant à tout moment. C’est la tension dans laquelle je suis, tout le temps. C’est aussi une forme d’attention. J’avance comme ça. Je crois aussi très fondamentalement qu’il faut se motiver pour les choses. Je sais que le moteur de ma vie professionnelle, de ma vie personnelle, c’est d’être motivé, d’avoir cette envie, ce désir. Si on ne l’a pas, ça ne marche pas. Je le vois très clairement dans la vie professionnelle. Si on ne croit pas, on n’y arrive pas. On ne peut rien faire si l’on n’a pas une forme d’enthousiasme. Je dirais même du point de vue de l’efficacité, ce n’est pas que comportemental. Je pense que l’on pilote bien une grande entreprise, une grande institution, une boutique, une station de radio que si l’on est vraiment motivé pour le faire. Si l’on n’y croit pas, ce n’est pas la peine, il faut faire autre chose. C’est ça, l’une des clés, un conseil que l’on peut donner à des jeunes : trouvez quelque chose dans quoi vous puissiez vous impliquer, en quoi vous puissiez croire vraiment, qui vous motive profondément.
Qu’est ce qui te laisse les jambes coupées ? What really get’s to you, what brings you down?
Le manque de morale, je dirais. Une des choses qui me heurte le plus, c’est quand, tout d’un coup, il y a un décalage fort entre le comportement des gens et la mission qui est censée leur être confiée. Je dis peut-être ça parce que je travaille dans le domaine public auquel je suis vraiment attaché… Même dans ce domaine, il y a malheureusement quelques exemples de comportements déviants, de gens qui utilisent la politique ou la sphère publique pour servir des intérêts personnels, et ça m’est réellement insupportable ! J’ai vécu cela dans ma fonction de président de la Cité, mais c’était vrai aussi quand j’étais secrétaire général du ministère de la défense. J’ai toujours été très profondément touché, atteint, lorsque je découvrais, tout d’un coup, des comportements qui ne respectaient pas les règles, et qui semblaient vouloir régir le monde dans lequel nous vivons. Quand, par exemple, des personnes réforment une administration pour servir des intérêts personnels, je ne peux pas le comprendre ! Il y a des choses qui ne sont pas possibles moralement… Pour des questions, certes pas vitales, mais importantes pour moi, j’ai eu l’occasion de dire « Non, je ne le ferai pas ! » parce que, tous les jours, je dois me regarder dans la glace, et si, tous les jours, je me dis « Tu n’aurais pas dû faire ce que tu as fait parce que tu as cédé à une pression qui n’était pas légitime… », je ne supporterais pas cette situation ! Grâce au ciel, jusqu’à présent, mon réflexe profond m’a conduit à dire « non » lorsque c’était nécessaire, et ça donne un confort de vie et de comportement très appréciables… Il faut toujours pouvoir se dire que l’on peut dire « non » !
Si j'étais une fée : Un souhait ? If I was a fairy : A wish ?
Si je me réfère à ce que j’ai dit sur la spiritualité, l’univers, je formerais un vœu pour l’humanité. Si je pense un peu plus à moi et à ma vie personnelle, je souhaiterais que mes proches soient heureux. J’aimerais que la personne avec qui je vis, mes parents, et plus encore mes enfants, soient heureux, qu’ils trouvent la voie de leur épanouissement et qu’ils soient armés dans la vie pour - « l’affronter » ne serait pas le bon terme - mais pour vivre pleinement leur vie avec un bonheur de chaque jour !

Une très belle spiritualité, une ouverture sur autrui exceptionnelle, mais surtout un grand sens du devoir, bravo!
Posted by: Anne Delahüss | July 27, 2006 at 04:55 PM
Bonjour,
Jean-François Hebert est président de la Cité des sciences, établissement public culturel où je travaille.
Ci-dessus, il "livre" ses intimes convictions avec sincérité, je le crois volontiers, pour ce qui concerne la sphère personnelle. Je crois même qu’il est sincère dans ce qu’il dit par rapport à la sphère professionnelle mais sans vouloir faire « l’analyste » de bazar, ni faire de la polémique stérile, je dirais qu’il se trompe, en partie, sur l’efficacité de ses actions publiques. Un de ses défauts, à mes yeux, est qu’il agit quelquefois en missionnaire (soyons claire, je suis agnostique et laïque, donc respectueuse des divers dogmes religieux dès lors qu’ils ne s’expriment pas sous formes intégrismes qui imposeraient leurs vérités comme mode d’organisation sociale et politique de la vie publique) qui ne se donne pas le temps d’écouter d’autres sons de cloches et de méditer les arguments adverses. Séducteur, il se prive de certains éclairages tant son miroir est embué par de serviles flatteurs (biens égoïstes quant à leur motivations). A mes yeux, il ne « médite » pas assez les indications précieuses que pourraient lui fournir ceux qu’ils considèrent consciemment ou pas comme ses adversaires avant d’arbitrer des choix stratégiques importants pour le bien commun.
Posted by: Taos Aït Si Slimane | February 05, 2007 at 11:55 AM